Amicale des Anciens Combattants

Suite à la dissolution de l'amicale des anciens combattants, le dernier ancien a rejoint le regroupement qui comprend les communes de Senantes - Hannaches - Villembray et Villers sur Auchy.

Commandant Ian Willoughby Bazalgette

Pendant la guerre 1939/1945, le 4 août 1944 à Senantes, village voisin :

Bravoure du Commandant bombardier en chef d'une escadrille d'éclaireurs "Pathfinders"  Ian Willoughby BAZALGETTE :

"Le 4 août 1944, dans le nord-ouest de la France, au dessus de Trossy, hameau de Saint Maximin, dans l’Oise, l’opération « Martha » est en marche, 61 bombardiers Avro Lancaster de la Royal Air Force attaquent une base de rampes de lancement pour les missiles allemands V1, ceux-ci étaient pointés vers Londres, et menaçaient la capitale anglaise. Les premières vagues d’attaquent avaient eu lieu le 2 et 3 août, et de ce fait, les défenses allemandes étaient bien mieux préparées.
    Ce jour là, le décollage eut lieu à 11 h 15 depuis Downham Market en Angleterre et     2 Lancaster de l’escadrille 635 participant à cette mission vont être touchés par les tirs anti-aériens, le premier, le PA983, s’écrase sur Saint Maximin, les 7 membres d’équipage sont tués, ils seront enterrés au cimetière militaire de Beauvais-Marissel.
    A bord du second appareil, le ND 811, un Lancaster B III F2-T, 7 aviateurs, dont le commandant canadien d’aviation Ian Willoughby Bazalgette, il était le bombardier en chef d’une escadrille d’éclaireurs « pathfinders ». Ce dernier avait pour mission de marquer Trossy pour l’escadrille de bombardiers qui suivait. Pour eux aussi, la mission va se révéler désastreuse, en effet, au moment où le Lancaster s’approche de son objectif, les canonniers anti-aériens nazis touchent leur appareil.
    Les deux moteurs droits et l’aile droite sont en feu, pire, deux hommes sont à terre, le viseur Hibbert est grièvement blessé, il a le bras et l’épaule arrachés, le deuxième, le sergent mitrailleur Leeder est asphyxié par l’épaisse fumée qui a envahi le Lancaster. Dans l’urgence, le reste des membres de l’équipage allongea le lieutenant Hibbert sur une civière à l’arrière de l’appareil et lui administra de la morphine. Ils tentèrent aussi de maîtriser l’incendie, sans succès, l’aile était déjà brûlée jusqu’à sa structure, la radio ne fonctionnait plus et l’essence envahissait le plancher de l’appareil.
    En dépit de la condition déplorable dans laquelle se trouvait son avion, et comme le sous-chef bombardier avait déjà été abattu, le commandant Bazalgette, alors âgé de 25 ans, continua vers sa cible et la marqua avec précision. C’est grâce à cet effort que l’attaque fut un succès.
    Après avoir largué ses bombes, le Lancaster, plus léger, fut déséquilibré, piqua soudain du nez et partit en vrille, c’est avec beaucoup d’efforts et d’expérience que le bombardier en chef Bazalgette réussit à reprendre le contrôle de son appareil. Mais quelques instants plus tard, un des deux moteurs gauche tomba à son tour en panne et l’avion, en flamme, n’avait plus le choix que d’essayer de se poser.
    Comme son appareil perdait de l’altitude, le commandant Ian W. Bazalgette ordonna à ceux de son équipage qui le pouvaient, de sauter en parachute, quatre purent le faire, Charles Godfrey, le radiotélégraphiste, le sergent George Turner, mécanicien de bord, Douglas Cameron, mitrailleur arrière et Geoffrey Goddard, navigateur. A ce moment, le Lancaster n’était plus qu’à environ 1000 pieds, c'est-à-dire 300 mètres.
    Le Commandant Ian W. Bazalgette, accompagné de ses deux camarades blessés, resta alors aux commandes, pour essayer de poser son Lancaster.
    Après avoir pris soin d’éviter Senantes, qu’il survolait, et d’effectuer une boucle pour trouver un endroit propice à l’atterrissage, le commandant Ian Willoughby Bazalgette, réussit à se poser dans un herbage dit « la Plante », située entre Senantes et un de ses hameaux, Bois-Aubert.
    A peine l’avion venait-il de toucher le sol, qu’il explosa, à cause semble t-il de l’essence répandue à l’intérieur, tuant le commandant Ian W. Bazalgette et les deux autres membres d’équipage, le lieutenant Ivan Hibbert et le sergent Vernon Leeder, toujours à bord.
    La haie avoisinante de l’herbage prit feu et pendant de longues minutes, le stock de munitions des mitrailleuses et les bouteilles d’oxygène continuèrent à exploser sous la violence de l’incendie.
    C’était le 4 août 1944, vers 13 heures 30.
    Après voir secouru et camouflé les parachutistes, la population de Senantes appris qu’il restait des aviateurs dans l’appareil, ils se rendirent donc sur les lieux de l’accident et découvrirent un amas de ferraille. Malgré l’occupation allemande, ils réussirent à extraire deux corps de l’épave, celui du lieutenant Hibbert et celui du sergent  Leeder. En effet, à cette période de débâcle allemande, ces derniers en replis, avaient établi un camp provisoire pour quelques jours à Senantes, dans le chemin des écoles.
    Et c’est à ce moment que le cantonnement allemand basé à Senantes confisqua les deux corps des aviateurs anglais et australien en les soustrayant aux Senantais. Leur cérémonie d’inhumation dans le cimetière communal de Senantes fut interdite par ces derniers et les emmenèrent. Ils seront enterrés dans le cimetière militaire de Marissel à Beauvais.
    C’est plus tard dans la soirée, après le départ des allemands et à leur insu, que le commandant Bazalgette sera retrouvé.
    C’est monsieur Désiré Balleux, maire de Senantes et cultivateur à Bois-Aubert, resté sur les lieux, qui découvrit le corps démembré du commandant Bazalgette. Il retourna chez lui la mine déconfite et sans explication, demanda qu’on lui prépare une corbeille en osier et un drap. Ayant demandé que quelqu’un l’accompagne, mademoiselle Paulette Bernadin, 20 ans, qui travaillait pour lui, se proposa et le suivi sur les lieux de la catastrophe, là, ils ramassèrent les restes calcinés du commandant Bazalgette.
    C’est mademoiselle Paulette Bernardin et le Maire de Senantes, Monsieur Désiré Balleux, qui retrouvèrent le corps du commandant Bazalgette.
    Son corps fut mis à l’abri des allemands, dans le funérarium du cimetière de Senantes, complètement à droite en entrant par la petite grille.
    Le Commandant d’aviation Ian Willoughby Bazalgette sera enterré, après le complet départ des allemands, le dimanche 8 octobre 1944, dans le cimetière de Senantes par la population, accompagné d’une délégation militaire anglaise et de sa sœur : Ethel, infirmière dans l’armée.


Discours du maire de Senantes à l’intention de Mademoiselle Ethel Bazalgette, lors du service funèbre rendu, le 8 octobre 1944, au chef d’escadron I.W. Bazalgette

    Madamoiselle,
    La population de Senantes, au nom de laquelle je prends la parole, s’est assemblée en ce lieu pour rendre à votre frère, le chef d’escadron Bazalgette, l’adieu suprême digne d’un noble héros. Le vendredi 4 août 1944, aux alentours de 13 heures 30, un « Lancaster »  en flamme déchira les cieux au-dessus de notre campagne. Des parachutes s’ouvrirent à très faible hauteur et l’avion s’écrasa non loin d’ici. Cédant à sa première impulsion, la population se précipita pour cacher les quatre rescapés à l’abri de notre adversaire commun. Bientôt hélas, nous apprîmes que des victimes étaient à déplorer. Le même jour, nous découvrîmes les corps de deux camarades de votre frère, les aviateurs Leeder et Hibbert. Nous voulions les garder, mais l’ennemi, ce cruel ennemi, ne nous les laissa pas. Le lendemain, nous parvînmes à dégager le pilote de l’épave, votre frère, que nous avons farouchement protégé pour pouvoir lui rendre l’hommage de français libres et reconnaissants et le renvoyer à sa patrie. Mademoiselle Bazalgette, officiers et soldats anglais, nous vous retournons aujourd’hui ce héros si aimé de son équipage, ce brave soldat et camarade magnifique, qui a préféré mourir que d’abandonner ses subordonnés blessés. Nous partageons sincèrement la douleur que vous ressentez à la perte d’un frère, d’un soldat si courageux. Puisse son exemple nous conduire à l’accomplissement de notre devoir, puisse sa bravoure remplir le cœur de tous les soldats de la  liberté, puissent sa bonté et son sens de la justice imprégner l’âme de nos dirigeants, alors, et alors seulement, son noble sacrifice n’aura pas été vain. Alors l’humanité connaîtra la fraternité pour laquelle se répandent ces vagues de sang que l’allemand barbare, avec une sauvage détermination, fait jaillir des blessures de l’humanité.
    A vous, commandant Bazalgette, soldat de la libération du monde, Normand de l’autre côté de la Manche, qui est venu reposer à la fin prématurée de ta glorieuse carrière, nous t’adressons, nous Normands de France, notre profonde gratitude, et nous t’assurons que nous te garderons pieusement jusqu’au jour où tu retournera en Grande-Bretagne, le jour de notre victoire commune.
    A la famille de ce héros,  nous exprimons notre sympathie la plus profonde et nos condoléances. A vous, officiers et soldats anglais qui combattez pour une juste cause, nous jurons en ce lieu sacré et en cette heure solennelle que nous serons à votre côté pour venger nos morts et jusqu’à la victoire de la justice et de la vérité."


                            Extrait  du document élaboré par Loïc LEMAIRE.


    A ce jour, le Commandant Balzagette est encore à Senantes.